Chaque année, plus de deux millions de personnes atteintes de la tuberculose ne sont pas diagnostiquées. Ces « millions manquants » sont avant tout des enfants, des femmes enceintes, des mineurs, des personnes migrantes, des personnes en détention, et d’autres personnes confrontées à de multiples vulnérabilités qui limitent leur accès aux soins. Beaucoup vivent ou travaillent dans des environnements densément peuplés, marqués par un risque de transmission élevé et un accès restreint aux services de santé.
Selon un nouveau rapport d’Unitaid, ce n’est pas par manque d’outils que tant de personnes ne sont ni diagnostiquées ni traitées pour la tuberculose, c’est en raison de la manière dont sont conçus les systèmes de santé. Il existe des diagnostics et des traitements avancés, mais ceux-ci ne parviennent souvent pas aux personnes qui en ont le plus besoin. Dans de nombreux pays, les programmes de lutte contre la tuberculose reposent sur des approches centrées sur les structures de santé, sans tenir compte de comment et où les personnes les plus vulnérables ont recours aux soins.
Le rapport montre que certaines des lacunes les plus importantes dans la prise en charge de la tuberculose surviennent avant même que les personnes ne soient diagnostiquées. Dans un grand nombre de pays à forte transmission, les personnes présentant des symptômes de la tuberculose se tournent d’abord vers les pharmacies ou les cliniques privées, qui ne disposent pas toujours d’outils de diagnostic appropriés ni de liens suffisants avec les programmes nationaux de lutte contre la tuberculose.
« Trop de personnes nous échappent encore parmi les populations les plus exposées à la tuberculose – non pas parce que nous manquons d’outils, mais parce que les systèmes de santé ne les atteignent pas là où elles vivent et travaillent. Beaucoup d’entre elles sont confrontées à des risques et à des besoins sanitaires qui se recoupent, mais les services sont trop souvent fournis en vase clos, déclare Cherise Scott, gestionnaire technique principale pour la tuberculose chez Unitaid. Si nous voulons vraiment mettre fin à la tuberculose, il nous faut mettre en place des approches intégrées, centrées sur la personne, qui éliminent les obstacles structurels qui font que les soins restent hors de portée. »
Pour accélérer l’accès et accroître l’impact, l’analyse suggère que les pays et les partenaires doivent prioriser des approches intégrées et centrées sur la personne, qui rapprochent les services des communautés et qui relient mieux les prestataires publics et privés. Il s’agit notamment de se concentrer sur les environnements à haut risque, comme les zones d’habitation informelle, les communautés minières, les routes migratoires et les prisons, où l’on retrouve souvent une grande part des populations non diagnostiquées pour la tuberculose.
En concevant leurs ripostes à la tuberculose autour des populations que l’on oublie le plus souvent, les pays peuvent améliorer l’accès aux soins, réduire la transmission qui s’ensuit et renforcer la résilience de leurs systèmes de santé.