Lorsque l’on parle de la mortalité maternelle en Afrique, la conversation est souvent centrée sur des statistiques. Cependant, derrière chaque chiffre, il y a une femme, une famille et un système de santé, efficace ou défaillant.
Je le sais d’expérience.
Je suis une survivante de la prééclampsie, de l’éclampsie et du syndrome HELLP. Enceinte plusieurs fois, j’ai vécu des accouchements en urgence, des naissances prématurées et la perte de mes bébés. Une de mes filles née prématurée, Baby Grace, est morte à l’âge de 30 semaines. Un médicament essentiel qui aurait pu améliorer ses chances de survie n’était pas disponible immédiatement dans l’hôpital où elle était soignée.
Ces expériences m’ont contrainte à me confronter à une réalité inconfortable : pour beaucoup trop de femmes, les résultats en matière de santé maternelle dépendent encore de leur lieu de résidence, de leur revenu et de la chance.
C’est pourquoi j’ai créé Action on Pre-eclampsia Ghana il y a presque huit ans – pour que les femmes aient accès à une information, un soutien et un plaidoyer qui n’existaient tout simplement pas lorsque je cherchais des réponses.
Une crise évitable
La prééclampsie est l’une des principales causes de mortalité maternelle et néonatale dans le monde, mais reste mal comprise, délaissée et gérée de façon inégale dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire.
Au Ghana et dans presque toute l’Afrique, beaucoup de femmes ne sont toujours pas informées de manière systématique, dans le cadre des soins prénatals, pour reconnaître les premiers signes de cette affection. Certaines n’entendent parler de la prééclampsie que lorsqu’elles présentent déjà des complications.
Dans le même temps, les systèmes de santé restent confrontés à des pénuries de médicaments essentiels, à des systèmes d’orientation défaillants, à des structures de santé sous pression et à de fortes inégalités concernant l’accès aux soins.
De plus, les pressions économiques orientent les décisions bien avant qu’une femme atteigne un hôpital. Certaines femmes repoussent les visites prénatales à cause des coûts du transport, de la distance ou des dépenses qu’elles doivent engager pour les tests et les médicaments. D’autres consultent tardivement car des symptômes sont négligés, mal interprétés ou influencés par des croyances culturelles et religieuses.
Aucun de ces facteurs n’existe isolément. Ils se conjuguent pour créer des situations où des complications évitables se transforment en urgences médicales.
La santé maternelle ne peut pas dépendre d’un privilège
L’une des vérités les plus dérangeantes pour moi est de savoir que j’ai survécu en partie parce que j’ai bénéficié de possibilités auxquelles beaucoup de femmes n’ont pas accès.
Pendant une de mes grossesses, j’ai pu me rendre à l’étranger pour recevoir des soins spécialisés et accoucher de ma fille. La plupart des femmes vivant au Ghana n’auront jamais cette possibilité.
La réalité, c’est que trop de femmes enceintes sont prises en charge par des systèmes mal préparés pour soigner des patients à haut risque. Une femme ne devrait pas arriver dans un hôpital pour y découvrir que des médicaments essentiels sont indisponibles, que les équipes de spécialistes ne sont pas coordonnées ou que les unités néonatales ne disposent pas de ressources suffisantes.
Les soins de santé maternelle ne peuvent pas devenir un système où la survie dépendra des moyens dont disposent les patients.
La maternité sans risque n’est pas un privilège, c’est un droit.
Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA)
Ce qui doit changer
Nous ne manquons pas de données probantes sur la mortalité maternelle. Dans nombre de pays, des audits et des examens identifient déjà les lacunes et formulent des recommandations. La principale difficulté tient à la mise en œuvre.
Les gouvernements, les responsables des politiques et les partenaires de la santé mondiale doivent accélérer leur action dans quatre domaines clés.
Premièrement, les soins de santé maternelle et néonatale doivent devenir une priorité, tant sur le plan politique que financier, ce qui implique d’investir davantage dans les systèmes de soins de santé primaires et les soins d’urgence en obstétrique.
Deuxièmement, les médicaments essentiels, les diagnostics et les produits nécessaires aux soins néonatals doivent être toujours disponibles et abordables, en particulier dans les hôpitaux publics.
Troisièmement, une meilleure coordination des systèmes de santé – des soins prénatals, des systèmes d’orientation et des soins intensifs néonatals – est nécessaire, de sorte que les femmes et les nourrissons ne subissent pas les conséquences de dangereuses lacunes.
Enfin, la voix des femmes doit être au cœur de l’établissement des politiques. Trop souvent, les politiques de santé maternelle sont conçues sans écouter les personnes qu’elles concernent en premier lieu.
Aujourd’hui encore, l’endroit où vous vivez détermine si vous survivrez.
Docteur Samantha Knipe, université de Stellenbosch, Afrique du Sud.
Ce n’est pas la survie, mais des soins de qualité, qui devraient être la norme
Les femmes ne devraient pas avoir à « gérer » des soins de médiocre qualité parce qu’ils se sont banalisés. Elles sont en droit d’attendre un traitement rapide, fondé sur des données probantes et respectueux.
Cela signifie aussi qu’il faut autonomiser les femmes en les informant sur leur santé et leurs droits. Les patientes doivent pouvoir poser des questions, reconnaître les premiers signes de l’affection et exiger des soins de qualité.
La Journée mondiale de la prééclampsie offre une occasion de sensibiliser, mais la sensibilisation ne suffit pas. Des systèmes plus solides, une responsabilité renforcée et une prise de conscience accrue de l’urgence sont nécessaires.
Trop de femmes meurent encore d’affections que nous savons gérer. Nous devrions tous nous sentir concernés.
Unitaid a investi plus de 50 millions de dollars US visant à introduire et à intensifier les interventions existantes et les innovations émergentes pour garantir que les femmes enceintes des pays à revenu faible ou intermédiaire reçoivent un dépistage et un traitement rapides de la prééclampsie et de l’anémie. Il s’agit notamment d’outils comme l’aspirine à faible dose pour prévenir la prééclampsie, les dispositifs de dépistage de la tension artérielle, les diagnostics de l’anémie et les traitements, comme le fer par voie intraveineuse.