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Les chocs pétroliers pourraient faire augmenter jusqu’à 44 % le coût des médicaments contre le VIH, selon une analyse d’Unitaid

Un rapport avertit que les perturbations géopolitiques révèlent une vulnérabilité cachée des chaînes d’approvisionnement pharmaceutiques, dont les répercussions pourraient affecter l’accessibilité financière des médicaments et la sécurité sanitaire

Alors que les tensions géopolitiques continuent de déstabiliser les marchés mondiaux de l’énergie, une nouvelle analyse d’Unitaid avertit que la hausse des prix du pétrole pourrait entraîner une augmentation significative des coûts de production des médicaments essentiels, mettant en lumière une vulnérabilité souvent négligée des chaînes d’approvisionnement pharmaceutiques mondiales.

L’analyse, publiée aujourd’hui dans The Oil Behind Every Pill (« Le pétrole derrière chaque comprimé »), modélise l’impact d’une hausse durable des prix du pétrole sur les coûts de production du traitement à base de ténofovir, lamivudine et dolutégravir (ou TLD), le traitement de première intention contre le VIH utilisé par plus de 24 millions de personnes dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Elle montre que les coûts de fabrication pourraient augmenter d’environ 15 % si le prix du pétrole atteignait 120 dollars US le baril, et jusqu’à 44 % s’il grimpait à 200 dollars US le baril.

Ces conclusions interviennent alors que le regain d’instabilité au Moyen-Orient, les inquiétudes concernant le détroit d’Ormuz et la volatilité des marchés de l’énergie rappellent une nouvelle fois à quel point les chocs géopolitiques peuvent avoir des répercussions rapides sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Si les discussions portent souvent sur les coûts d’expédition et de transport, l’analyse révèle que la principale vulnérabilité se situe bien en amont, dans les premières étapes du processus de fabrication pharmaceutique.

Plus de 85 % de la hausse des coûts attendue est attribuable aux matières premières pétrochimiques et aux solvants nécessaires à la fabrication des médicaments, et non au transport ou au conditionnement. Ce constat illustre à quel point la production pharmaceutique demeure dépendante des énergies fossiles.

« Il est indispensable de réduire la dépendance du secteur de la santé aux énergies fossiles pour maintenir les médicaments à un prix abordable et garantir leur accessibilité », déclare le Dr Philippe Duneton, directeur exécutif d’Unitaid. « L’innovation en matière de santé mondiale ne se limite pas au développement de nouveaux médicaments. Elle consiste également à garantir que ces produits restent abordables dans un monde en pleine mutation. Les récents chocs géopolitiques ont montré avec quelle rapidité les perturbations du marché pétrolier peuvent avoir des répercussions sur les médicaments essentiels. Il est peut-être possible de réduire notre consommation de carburant, mais pas nos besoins en médicaments. Il est donc indispensable de mettre en place des chaînes d’approvisionnement pharmaceutiques plus résistantes et plus pérennes, non seulement pour réduire les émissions, mais aussi pour préserver l’accès aux médicaments. »

La modélisation a examiné plus de 270 intrants utilisés en amont de la fabrication afin d’analyser la manière dont la hausse des prix du pétrole se répercute tout au long de la chaîne de production pharmaceutique. Elle montre que chaque hausse de 10 % du prix du pétrole se traduit, à terme, par une augmentation d’environ 3 % des coûts de fabrication, une fois que ses effets se sont pleinement répercutés sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Cette problématique ne se limite pas au traitement contre le VIH. La production pharmaceutique repose en grande partie sur des produits chimiques et des solvants dérivés des énergies fossiles, ainsi que sur des procédés de fabrication très gourmands en énergie. Alors que les marchés de l’énergie deviennent de plus en plus volatils, ces dépendances cachées pourraient exercer une pression supplémentaire sur les budgets de santé déjà limités, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où les médicaments génériques sont vendus dans des conditions de marge très serrées.

Le rapport estime que la réduction de la dépendance aux énergies fossiles dans la fabrication pharmaceutique ne devrait pas être considérée uniquement comme un objectif climatique, mais également comme une stratégie visant à renforcer à long terme la résilience, l’accessibilité financière et la sécurité de l’approvisionnement en médicaments.

La modélisation suggère que la décarbonation de la fabrication du TLD pourrait réduire d’environ un tiers la hausse des coûts liée au pétrole, tout en diminuant les émissions d’environ 50 %. Dans un scénario de prix du pétrole élevé, la décarbonation pourrait permettre d’éviter entre 70 et 100 millions de dollars US de coûts pour les programmes de lutte contre le VIH dans le monde, alors que le nombre de personnes sous traitement continue d’augmenter.

Le rapport conclut que l’accessibilité financière des médicaments, la sécurité sanitaire et la résilience face au changement climatique sont désormais étroitement liées. À mesure que les budgets alloués à la santé mondiale se resserrent et que l’instabilité géopolitique persiste, comprendre – et réduire – la dépendance du secteur pharmaceutique aux énergies fossiles deviendra un levier essentiel pour préserver l’accès aux médicaments essentiels.

Télécharger le rapport complet (en anglais)

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