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Au Rwanda, la protection contre la résistance aux antipaludéens commence par les agentes et agents de santé communautaires

Des agents de santé communautaires présentent une pièce de théâtre expliquant le nouveau plan MFT dans le secteur de Musezero, district de Musanze, Rwanda. Photo : Jhpiego

Depuis plus de 12 ans, Mwanzarimwabo Innocent fait battre le cœur du village de Mataba, dans le secteur de Rwaza. Ce village est situé dans la Province du Nord du Rwanda, dans le district de Musanze, le plus montagneux du pays, et son terrain rend l’accès aux soins de santé parfois difficile. Agent de santé communautaire dévoué, Innocent accompagne ses voisins dans les difficultés comme dans les victoires, en veillant à ce que chaque famille ait accès aux services de prévention et de lutte contre le paludisme près de chez elle.

Tout au long de son engagement, son rôle a toujours tourné autour d’une responsabilité : s’imposer comme la première ligne de défense contre le paludisme, une maladie causée par des parasites transmis par les piqûres de moustique et entraînant fièvre, frissons et fatigue. Cette maladie grave continue de toucher les familles dans toute la région. Au Rwanda, les agentes et agents de santé communautaires comme Innocent représentent la principale force en première ligne, puisqu’ils traitent 60 % des cas de paludisme sans complication dans le pays.

En 2025, le paludisme touchait environ 94 personnes pour 1 000 habitants, d’après les données du système national de communication de l’information sanitaire. Dans le district de Musanze, le paludisme a été diagnostiqué chez 14 741 personnes, pour une population de 510 164 habitants. Ce district inclut deux secteurs lourdement touchés, dont la région où vit Innocent. Rwaza a signalé un taux d’incidence significativement élevé de 124 cas de paludisme pour 1 000 habitants.

En novembre 2025, Innocent s’est joint à ses collègues agentes et agents de santé communautaires pour suivre une formation organisée dans tout le district par le projet visant à intensifier l’utilisation optimale d’associations thérapeutiques à base d’artémisinine multiples pour prévenir la résistance aux antipaludéens (STOP-AMDR) financé par Unitaid. Mis en œuvre par Jhpiego en collaboration avec la Division de lutte contre le paludisme et les autres maladies parasitaires / le centre biomédical du Rwanda (MOPDD/RBC), ce projet vise à renforcer la prise en charge du paludisme en première ligne.

Au cours de la formation, Innocent et ses collègues ont discuté des tendances locales du paludisme et des défis qu’il pose, ils ont actualisé leurs compétences de diagnostic du paludisme à l’aide des tests de diagnostic rapide et ils ont appris à administrer efficacement un nouveau traitement utilisé dans les cas de paludisme sans complication, l’association artésunate-pyronaridine (ASPY). Plus de 1 600 agentes et agents de santé communautaires du district de Musanze ont terminé la formation, soit 94,4 % des agentes et agents de santé invités à participer.

Cette formation est un élément clé de la stratégie du Rwanda en matière de traitements de première intention multiples, une approche destinée à ralentir la diffusion de la résistance aux antipaludéens grâce à la rotation de trois traitements antipaludiques différents entre les blocs de districts sélectionnés chaque année. Dans le cadre de cette stratégie, le Rwanda utilise de multiples médicaments antipaludiques, dont les associations ASPY, dihydroartémisinine-pipéraquine (DHAP) et artéméther-luméfantrine (AL), cette dernière étant le traitement de référence pour les cas de paludisme sans complication depuis près de 20 ans. Cette année, suite à la récente introduction de l’association ASPY début 2025, le district de Musanze l’utilise dans la rotation des traitements.

Pour mettre en œuvre sa stratégie en matière de traitements de première intention multiples, le Rwanda a organisé ses districts en trois blocs, chacun recevant l’un des trois médicaments antipaludiques : ASPY, DHAP ou AL. Chaque bloc utilisera le traitement assigné parmi les trois pendant une année complète, puis les traitements tourneront. Ce modèle de rotation est plus efficace pour prévenir et réduire le risque de résistance aux antipaludéens, car il assure qu’aucun traitement n’est utilisé seul en continu.

Pour Innocent, cette formation a été révolutionnaire. Il a renforcé ses compétences sur les tests de diagnostic rapide et a appris à suivre les directives rwandaises actualisées sur le traitement par l’association ASPY. Aujourd’hui, il se sent parfaitement outillé pour diagnostiquer et traiter rapidement et en toute sécurité les cas de paludisme au niveau de la communauté, là où la rapidité d’action est primordiale.

Les nouvelles compétences d’Innocent ont d’ailleurs été mises à l’épreuve peu de temps après la formation. Une mère paniquée l’a appelé pour sa fille de sept ans souffrant d’une forte fièvre. Sur place en peu de temps, Innocent a pratiqué un test de diagnostic rapide qui a confirmé que l’enfant était atteinte du paludisme. Il lui a immédiatement administré l’association ASPY et a expliqué à sa mère quels étaient les symptômes à surveiller et dans quels cas consulter. En deux jours, la fièvre avait disparu. Le troisième jour, la petite fille était de retour à l’école, souriante, pleine de vie et en bonne santé. Pour Innocent, ce moment est la preuve éclatante de ce que la confiance, la connaissance et la rapidité d’action peuvent permettre d’obtenir.

« Cette formation a changé notre façon de lutter contre le paludisme… avec les tests de diagnostic rapide et l’association ASPY, nous traitons les gens plus rapidement et nous contribuons à prévenir la résistance aux médicaments », explique Mwanzarimwabo Innocent.

Mwanzarimwabo Innocent. Photo: Jhpiego

C’est avec une confiance retrouvée qu’Innocent rend à présent visite à sa communauté. Grâce au projet STOP-AMDR et à ses partenaires engagés, les agentes et agents de santé communautaires comme Innocent possèdent désormais les outils, les connaissances et la confiance pour lutter contre le paludisme là où il frappe en premier, c’est-à-dire au niveau communautaire. Leurs capacités renouvelées participent à la protection des familles, au renforcement des communautés et aux efforts du pays pour réduire la charge de morbidité du paludisme, en gardant une longueur d’avance sur la résistance aux médicaments.

Rédigé par : Albertine Sisulu Kajyambere, Jean Modeste Harerimana, Marcel Manariyo et Noella Umulisa

Cette histoire a été initialement publiée sur le site web de notre partenaire Jhpiego.