Dans les campagnes du Zimbabwe, un appareil portable et abordable permet aux structures de soins de santé primaires d’effectuer un dépistage moléculaire de la tuberculose et d’obtenir des résultats en moins d’une heure. Cet appareil pourrait également servir à dépister d’autres maladies, notamment le virus lié au cancer du col de l’utérus, contribuant ainsi à élargir l’accès au dépistage pour les communautés qui vivent loin des grands hôpitaux.
La toux de Beatrice ne passant toujours pas, une agente de santé communautaire lui a conseillé de se rendre à l’hôpital le plus proche. Depuis chez elle, à Mpofu River Farm, au nord du Zimbabwe, cela représente une marche de 8 kilomètres.
Pour les personnes vivant dans des communautés isolées, le trajet jusqu’à la structure de santé la plus proche peut s’avérer long et coûteux. Il faut parfois plusieurs consultations avant d’obtenir un diagnostic : quand il est nécessaire d’envoyer les échantillons à l’extérieur pour les analyser, on demande aux patients de revenir sous plusieurs jours ou plusieurs semaines pour leur communiquer les résultats.
Mais quand Beatrice est arrivée à l’hôpital rural de Mwami, cela ne s’est pas passé comme ça. Après avoir été dépistée pour la tuberculose, elle a reçu ses résultats au cours même de sa visite.
Avant, nous demandions aux patients d’attendre deux semaines. Mais certains revenaient après ce délai et constataient que les résultats n’étaient toujours pas arrivés, et nous devions sans cesse leur dire de revenir plus tard. Il arrivait parfois que l’on perde la trace d’un patient avant que les résultats ne soient connus. Grâce à ce nouveau modèle de dépistage moléculaire, il ne nous faut que 35 à 40 minutes pour obtenir les résultats du laboratoire.
Izabel Munyaradzi
Infirmier(ère) en soins de santé primaires à l’Hôpital rural de Mwami.
Beatrice a appris avec soulagement qu’elle n’avait pas la tuberculose. Mais elle était tout aussi soulagée d’avoir reçu ses résultats si rapidement, et sans avoir à retourner à l’hôpital.
Emma pourrait en dire autant. Quand elle s’est rendue à l’hôpital rural de Raffingora, une structure de soins de santé primaires accueillant les communautés environnantes, pour subir d’autres tests, une infirmière lui a conseillé de faire également un dépistage du cancer du col de l’utérus. Mais Emma avait déjà parcouru 30 kilomètres pour rejoindre l’hôpital et ne pouvait pas se permettre d’y revenir pour une nouvelle consultation. Quand l’infirmière lui a expliqué que ce dépistage était gratuit, qu’elle pouvait réaliser elle-même le prélèvement nécessaire et qu’elle recevrait ses résultats au cours de la même visite, elle n’a pas hésité un instant.
« Si je n’avais pas pu faire ce test aujourd’hui, j’aurais dû attendre l’année prochaine, après les moissons, que nous ayons vendu notre récolte – c’est notre seul gagne-pain. Je n’avais aucune autre solution », explique Emma.
Si Beatrice et Emma ont pu obtenir leurs résultats si rapidement, c’est grâce à une nouvelle technologie de dépistage qui pourrait bien transformer la manière dont sont diagnostiquées les maladies, en particulier dans les régions isolées et les petites structures de santé.
Les technologies à proximité du lieu de soins permettent de réaliser des tests moléculaires dans les structures de soins de santé primaires, au plus près des personnes qui en ont besoin. Parallèlement, le dépistage moléculaire détecte les infections en identifiant le matériel génétique présent dans un échantillon, mais il exige généralement des équipements de laboratoire coûteux et des infrastructures complexes : les échantillons provenant de structures de soins de santé primaires doivent donc être envoyés dans des laboratoires plus importants pour être analysés. Grâce aux technologies à proximité du lieu de soins, il est possible de réaliser ces tests moléculaires sur place, avec un équipement plus simple et des infrastructures moins exigeantes. Pour de nombreuses structures qui reposent sur la microscopie pour détecter les infections tuberculeuses, passer au dépistage moléculaire permettrait des résultats plus rapides et plus précis.
Cette nouvelle génération d’appareils portables fonctionnant sur batterie, dont le PlusLife MiniDock, constitue déjà une petite révolution dans le domaine du diagnostic de la tuberculose. Les plateformes de dépistage moléculaire traditionnelles, comme GeneXpert, exigent de disposer d’une source d’électricité stable, de salles climatisées et d’ordinateurs, ce qui limite leur utilisation aux structures de santé qui sont équipées de ces infrastructures. Les technologies développées plus récemment sont conçues pour surmonter ces obstacles afin de permettre aux structures de soins de santé primaires de réaliser le dépistage. Cependant, les tests à proximité du lieu de soins ont également leurs limites. Ainsi, ils ne peuvent pas encore détecter la résistance à la rifampicine, un médicament essentiel contre la tuberculose. Les personnes testées positives devront effectuer un autre dépistage pour vérifier une potentielle pharmacorésistance. Dans ces cas, le transfert vers un laboratoire reste indispensable.
Du laboratoire à la structure de santé : renforcer les soins de santé primaires
Le Zimbabwe compte parmi les premiers pays à avoir introduit cette technologie, en commençant par les structures de soins de santé primaires et les établissements en milieu rural qui n’avaient jusqu’alors pas accès au dépistage moléculaire.
Parallèlement au soutien d’Unitaid et de la Clinton Health Access Initiative (CHAI), l’investissement du gouvernement dans plus de 200 appareils MiniDock et des dizaines de milliers de cartouches de test contribue à fournir cette technologie aux structures de santé du pays. Cette initiative comprend également la formation des agentes et agents de santé et la mise au point d’outils pratiques pour intégrer le dépistage dans plus de 100 postes de santé de proximité. Pour plus de la moitié de ces structures, y compris les hôpitaux ruraux de Mwami et de Raffingora, c’est la première fois qu’un dépistage moléculaire peut être proposé.
« Dans chacun de ces sites, grâce au gouvernement et à ses partenaires, cette innovation permet d’obtenir des résultats dans la même journée – on ne laisse plus les patients dans l’attente alors qu’ils doivent aussi gérer leurs symptômes, ce qui les pousse parfois à abandonner leur suivi », explique Tatenda Maparo, conseillère technique principale pour CHAI Zimbabwe.
Durant des décennies, les structures de soins de santé primaires ont largement compté sur la microscopie pour diagnostiquer la tuberculose. Avec cette méthode, il faut attendre plusieurs jours avant d’obtenir des résultats, et on peut passer à côté de certaines infections : laissés dans l’attente, les patients risquent d’être perdus de vue, sans qu’on ait pu diagnostiquer et traiter la maladie.
Au Zimbabwe, près de 34 000 personnes contractent la tuberculose chaque année, mais seulement 60 % environ sont diagnostiquées et traitées, d’après le programme national de lutte contre la tuberculose.
« L’objectif de ce programme est de trouver toutes les personnes atteintes de la tuberculose qui manquent à l’appel : les enfants, les communautés difficiles d’accès, les populations migrantes, les mineurs et les personnes vivant en collectivité », explique le Dr Fungai Kavenga, directeur du programme national de lutte contre la tuberculose.
Pour atteindre ce but au Zimbabwe, les structures de soins de santé primaires doivent pouvoir proposer des tests rapides et précis.
Nous aimerions que toutes les communautés se trouvent à moins de 10 kilomètres d’un site de dépistage moléculaire.
Dr. Fungai Kavenga
Responsable du Programme national de lutte contre la tuberculose.
Un appareil pour plusieurs maladies
Une plateforme comme le MiniDock pourrait changer la manière dont les structures de soins de santé primaires effectuent le dépistage. Au-delà de la tuberculose, le même appareil pourrait potentiellement être utilisé pour dépister d’autres maladies respiratoires, des infections sexuellement transmissibles et des pathogènes viraux comme la mpox. Mais chaque nouvelle application doit d’abord être validée, afin de confirmer que l’appareil est capable de détecter correctement l’infection.
Au Zimbabwe, le gouvernement a déjà fourni des tests pour le papillomavirus humain (VPH), le virus responsable d’une grande majorité des cas de cancer du col de l’utérus, qui peuvent être utilisés avec le même appareil. Ce projet pilote est soutenu par la CHAI, avec le soutien financier d’Unitaid.
Dans les structures de santé qui utilisent cette technologie, les premiers résultats sont encourageants : les échantillons de VPH peuvent être analysés sur place, ce qui permet de réaliser le dépistage et d’obtenir les résultats dans la même journée. Auparavant, les femmes pouvaient attendre jusqu’à trois semaines avant d’obtenir les résultats de leur dépistage du VPH, pour autant qu’elles aient eu accès au test.
Il ne s’agit que de résultats préliminaires : si le test actuel de Pluslife ne permet pas de détecter tous les types de VPH, les leçons tirées de ce projet pilote pourront orienter de futurs plans visant à rendre les services de diagnostic plus accessibles et mieux adaptés aux besoins de santé plus larges des femmes.
Les femmes testées positives au VPH doivent réaliser d’autres tests afin de déterminer si un traitement est nécessaire. Au Zimbabwe, les patientes peuvent réaliser ces tests et bénéficier dans la foulée d’un traitement de leurs lésions précancéreuses au cours de la même visite dans un établissement offrant ces services. Sinon, elles seront orientées vers une autre structure pour leur suivi.
Il est encore plus important de pouvoir obtenir rapidement un résultat quand celui-ci est suivi d’un traitement. Pour Emma, l’avantage ne se limitait pas uniquement à connaître plus tôt ses résultats. C’était surtout de pouvoir bénéficier d’un dépistage, tout simplement.
Les soins de santé primaires constituent le premier recours pour la plupart des gens. Pourtant, aujourd’hui, lorsqu’on veut se faire dépister pour plusieurs maladies, il faut réaliser différents tests, avec différents appareils, ce qui implique plusieurs visites dans les structures de santé. Le Zimbabwe offre un premier aperçu de ce que peut apporter le dépistage moléculaire aux structures de santé rurales : des résultats communiqués le jour même de la visite, et le potentiel de dépister plus d’une maladie à l’aide du même appareil. Pour concrétiser cette vision, les fabricants doivent anticiper le dépistage multimaladies dès le début de la conception de leurs produits, afin que ces technologies puissent mieux répondre à la diversité des besoins de santé de la population.
Smiljka de Lussigny
Program Manager at Unitaid
Une évolution plus large dans le domaine du diagnostic
La tuberculose contribue à une évolution plus large dans le domaine du diagnostic, qui pourrait s’étendre à d’autres maladies. Les appareils comme le MiniDock pourraient permettre à de plus nombreuses structures de soins de santé primaires de proposer le dépistage moléculaire, sans disposer de l’importante infrastructure requise par les plateformes traditionnelles.
En février 2026, l’Organisation mondiale de la Santé a recommandé l’utilisation des tests moléculaires à proximité du lieu de soins en première intention pour les adultes et adolescents montrant des symptômes de tuberculose pulmonaire, plutôt que l’examen microscopique des frottis. Cette orientation se fonde sur les données probantes issues d’études soutenues par Unitaid et ses partenaires. Pour les pays, elle représente un socle sur lequel s’appuyer pour intégrer ces approches dans leurs stratégies nationales de lutte contre la tuberculose.
Le potentiel de ces technologies s’étend au-delà de la tuberculose. De nombreux programmes de santé auraient tout à gagner à ce que les tests soient effectués plus près des lieux où les patients se font soigner, mais la recherche, le développement de produits et les efforts visant à commercialiser des tests moléculaires pouvant être réalisés à proximité du lieu de soins se sont jusqu’à présent concentrés sur la tuberculose. Pour les fabricants, c’est l’occasion de s’appuyer sur ces avancées pour envisager dès le départ la prise en charge d’autres maladies, concevoir des tests compatibles avec les mêmes plateformes et investir afin de les rendre disponibles et abordables. Cela permettrait aux structures de soins de santé primaires de répondre à un éventail plus large de besoins sanitaires à l’aide d’équipements déjà à leur disposition.
Au Zimbabwe, Beatrice et Emma ont été testées pour différentes maladies avec le même appareil dans des établissements de soins de santé primaires similaires. Leur expérience nous montre les possibilités offertes par cette technologie : un test réalisé plus proche du domicile et des résultats obtenus le jour même, grâce à un seul appareil pouvant dépister plusieurs maladies. Pour les communautés rurales, c’est peut-être ce qui fera pencher la balance, entre recourir aux soins plutôt que d’y renoncer.