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Nous ne pouvons laisser passer cette avancée révolutionnaire contre le VIH ; cela n’arrive qu’une fois par génération et doit impérativement bénéficier aux jeunes femmes qui en ont le plus besoin

© Unitaid

« L’injection de lénacapavir évite de s’astreindre à prendre des comprimés au quotidien, écrivent Philippe Duneton et Anne Aslett. Si nous saisissons l’occasion qui se présente, la génération à venir pourrait grandir dans la maîtrise du risque lié au VIH. »

Co-écrit par Philippe Duneton, directeur exécutif d’Unitaid, et Anne Aslett, directrice exécutive de la Fondation Elton John contre le sida

Cet article a été rédigé dans le cadre du projet Rethinking Global Aid de The Independent.

En matière de santé mondiale, les avancées révolutionnaires sont rares. Lorsqu’un tel événement se produit, sa valeur ne se mesure pas dans les laboratoires, mais par le nombre de vies sauvées.

Il s’agit aujourd’hui du lénacapavir, un médicament de prévention de l’infection par le VIH à action prolongée, qui pourrait transformer l’épidémie mondiale, en particulier pour les adolescentes et les jeunes femmes, qui demeurent le groupe le plus durement touché par l’épidémie.

En Afrique subsaharienne, les adolescentes et les jeunes femmes courent toujours un risque disproportionné de contracter une infection à VIH. De par l’inégalité entre les genres, la stigmatisation et le fait que bien des adolescentes et des jeunes femmes n’ont pas la maîtrise des décisions concernant leur santé, nombre des outils de prévention existants ne leur parviennent pas de manière efficace. La prophylaxie préexposition (PrEP) orale quotidienne, un médicament de prévention de l’infection à VIH similaire, a donné de solides résultats dans certaines populations clés. Mais pour beaucoup de filles et de femmes, l’observance peut être difficile en raison du contrôle exercé à la maison, de la peur de la stigmatisation et des contraintes du quotidien comme les changements de routine, l’école, les déplacements et d’autres impératifs concurrents.

Le lénacapavir change la donne.

Une simple injection deux fois par an offre une protection quasi complète contre l’infection à VIH, sans prise de comprimés au quotidien et dans une relative discrétion. Pour beaucoup de filles et de femmes, il pourrait s’agir du premier outil de prévention de l’infection à VIH qu’elles puissent utiliser à l’abri des regards indiscrets, selon leurs conditions. Le lénacapavir est à la fois un progrès scientifique et une évolution en matière de pouvoir.

Mais cette avancée ne connaîtra du succès que si elle atteint les personnes qui en ont le plus besoin, et cela dépendra de sa fabrication, de sa tarification et de sa distribution.

Unitaid – qui investit dans de meilleurs moyens de prévenir, diagnostiquer et traiter les maladies – et ses partenaires ont établi un prix plafond d’environ 30 GBP par personne et par an pour un lénacapavir de qualité garantie, éliminant ainsi l’un des principaux obstacles à l’accès. Mais les accords vont bien au-delà du prix et visent à repenser le lieu de fabrication du médicament.

En soutenant la fabrication locale de médicaments génériques, Unitaid contribue à réduire la dépendance à une offre mondiale limitée, à raccourcir les délais de livraison et à établir des capacités de fabrication durables dans les régions les plus durement touchées par le VIH.

Dans le même temps, Unitaid et la Fondation Elton John contre le sida collaborent étroitement pour accéder aux communautés que les systèmes de santé traditionnels ne parviennent toujours pas à atteindre. Que ce soit par l’intermédiaire de pharmacies communautaires et en ligne, de cliniques mobiles ou d’organisations gérées par des pairs, nous devons atteindre les populations laissées pour compte si le contrôle de l’épidémie devait devenir une réalité.

C’est important pour les adolescentes et les jeunes femmes vivant dans des pays où les taux d’infection à VIH sont élevés. Une fabrication locale, des chaînes d’approvisionnement fiables et des réseaux de distribution ancrés dans leur vie quotidienne signifient que le lénacapavir est toujours disponible, plus proche de l’endroit où elles vivent et mieux intégré dans les services dans lesquels elles ont déjà confiance.

Le déploiement du lénacapavir à grande échelle, au tarif de 30 GBP par personne et par an, coûterait environ 300 millions de GBP par an pour 10 millions de personnes, ce qui représente un investissement modeste comparé au coût à long terme du traitement du VIH, et une fraction des dépenses de santé mondiales prises plus largement.

Dans son approche de la santé mondiale, le gouvernement britannique reconnaît que le progrès dépend de plus en plus des partenariats, de l’investissement et de solutions déployées au niveau local, plutôt que du paradigme obsolète du donateur-bénéficiaire. Cette approche est essentielle pour s’assurer que des innovations telles que le lénacapavir soient non seulement développées, mais aussi fabriquées et distribuées à grande échelle dans les régions qui en ont le plus besoin.

Le déploiement du lénacapavir est fondamentalement une question de souveraineté sanitaire, à savoir la capacité des pays à protéger leurs populations sans se retrouver vulnérables lorsque les priorités des donateurs changent, comme nous l’avons observé de manière de plus en plus alarmante ces dernières années. Si nous ne parvenons pas à investir maintenant dans la prévention du VIH, nous risquons de faire face à une résurgence qui consommera rapidement une part bien plus importante de budgets de santé déjà restreints.

Chaque semaine, 4 000 adolescentes et jeunes femmes contractent le VIH dans le monde, dont 3 300 en Afrique subsaharienne. En Afrique de l’Ouest et centrale, ce groupe est trois fois plus susceptible de contracter le VIH que les adolescents et les jeunes hommes. Ces chiffres montrent à quel point l’inégalité entre les genres détermine qui est protégé et qui ne l’est pas. La prévention du VIH est autant une question d’autonomie personnelle que de souveraineté nationale.

Si nous saisissons l’occasion qui se présente, la génération à venir pourrait grandir dans la maîtrise du risque lié au VIH. Si nous faisons preuve d’hésitation, ce sera l’échec de l’une des avancées les plus prometteuses de ces dernières décennies, et nous devrons collectivement faire face aux conséquences.

Nous n’avons qu’une seule chance d’agir comme il se doit.